Avec le lancement du groupe UniBrain, Unicancer renforce la structuration nationale de la recherche sur les tumeurs cérébrales. Objectif : mieux coordonner les équipes, faciliter l’accès aux essais cliniques et ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques dans des pathologies encore difficiles à traiter. Entretien avec Dr Sarah Dumont, oncologue médicale à Gustave Roussy et fondatrice ou présidente du groupe.

Quels sont aujourd’hui les grands défis scientifiques dans les cancers du cerveau ?

Dr Sarah Dumont : Les tumeurs cérébrales restent des maladies difficiles à traiter, en particulier les gliomes de haut grade, avec un pronostic encore très défavorable. Ce sont aussi des pathologies relativement rares, avec environ 6 000 nouveaux cas par an en France, ce qui complique la mise en place d’essais cliniques de grande ampleur. Il y a aussi des contraintes biologiques spécifiques, notamment la barrière hémato-encéphalique qui empêche certaines molécules efficaces ailleurs d’agir dans le cerveau.

Aujourd’hui, on se dirige de plus en plus vers des approches personnalisées. On sait que certaines tumeurs (10 %) présentent des anomalies moléculaires spécifiques exploitables, mais encore faut-il pouvoir les identifier et leur proposer rapidement un essai adapté. Cela suppose une organisation très coordonnée entre les centres.

On attend aussi beaucoup des thérapies cellulaires, qui sont encore à un stade très précoce. Ce sont des traitements extrêmement complexes, souvent développés pour un nombre très limité de patients, avec des contraintes techniques et financières importantes. Cela change complètement la façon de faire de la recherche et rend encore plus nécessaire le travail en réseau.

Pourquoi avoir lancé un groupe de recherche dédié aux tumeurs cérébrales au sein d’Unicancer ?

S. D. : Historiquement, la neuro-oncologie en France a été surtout portée par les CHU, souvent autour des neurologues. C’est une expertise indispensable, mais l’oncologie médicale présente dans les Centres de lutte contre le cancer du réseau Unicancer apporte une approche complémentaire, notamment pour le développement d’essais thérapeutiques multicentriques ou les recherches transversales entre différents types de cancers ou transâge (oncogériatrie, adolescents et jeunes adultes). De plus, Unicancer est un réseau structuré, avec des équipes habituées à travailler ensemble. Cela donne de la crédibilité, notamment vis-à-vis des partenaires industriels, ce qui facilite le lancement de projets qui seraient plus difficiles à porter à l’échelle d’un seul centre.

UniBrain s’appuie sur ces forces pour dynamiser la recherche en neuro-oncologie, tout en restant dans une logique de complémentarité avec les sociétés savantes existantes. Nous avons beaucoup échangé avec les autres acteurs pour que le groupe se construise dans un esprit collaboratif.

Organisation du groupe UniBrain
Créé en 2025, UniBrain est le groupe de recherche d’Unicancer dédié aux tumeurs cérébrales. Il rassemble environ 70 professionnels issus des Centres de lutte contre le cancer, ainsi que des spécialistes associés au niveau national.
Le groupe fonctionne avec un bureau et des réunions plénières régulières au cours desquelles les membres proposent et discutent les projets. Les thématiques sont définies collectivement, puis validées en fonction des équipes volontaires pour les porter. Les projets sont ouverts à la collaboration avec les autres réseaux nationaux de neuro-oncologie, dans une logique de complémentarité.

UniBrain entend porter plusieurs projets. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

S. D. : Une des priorités est de faciliter l’accès aux essais thérapeutiques pour le plus grand nombre de patients. Le fait de travailler en réseau permet d’ouvrir des protocoles dans plusieurs centres, de mieux identifier les patients éligibles et d’augmenter les inclusions. Cela rassure aussi les laboratoires, parce qu’ils savent qu’on est capables de recruter de façon coordonnée. Pour des maladies rares, c’est essentiel.

On travaille aussi beaucoup sur le profilage moléculaire, avec l’idée de proposer à tous les patients des analyses suffisamment complètes pour pouvoir les orienter vers des essais ciblés, de préférence à un stade précoce. Nous souhaitons également faciliter le lancement de nouveaux essais autour de nouvelles molécules ou de cibles inédites.

UniBrain souhaite également renforcer les liens avec les associations de patients et développer des actions de sensibilisation, par exemple à l’occasion du mois international consacré aux tumeurs cérébrales, « Mai en gris ». Ce sont des moments importants pour faire connaître ces pathologies et mieux associer les patients à la recherche.

Concrètement, qu’est-ce que la création d’UniBrain peut changer pour les patients ?

S. D. : L’objectif principal reste de permettre à davantage de patients un accès rapide à l’innovation. Le travail collectif permet aussi de partager plus rapidement les expériences, d’harmoniser les pratiques et de développer des thématiques qui étaient moins explorées, comme les soins de support, la radiothérapie ou l’organisation des parcours. Notre objectif est vraiment de ne pas laisser passer d’opportunité pour les patients, et de faire en sorte que chacun puisse bénéficier des avancées de la recherche, quel que soit le centre où il est pris en charge.

Qu’est-ce qui vous motive personnellement dans ce projet collectif ?

S. D. : Ce projet est né d’une envie de faire avancer les choses dans une discipline où on a encore beaucoup de difficultés. Ce qui m’a motivée, c’est surtout l’idée que, si on s’organise mieux, on peut proposer plus de choses aux patients.

Je suis très attachée au travail collectif. On a voulu construire un groupe avec une gouvernance ouverte, une rotation des responsabilités et en faisant attention à éviter les logiques de compétition. Dans UniBrain, les projets appartiennent à ceux qui les portent, et chacun peut s’impliquer.

Le fait de pouvoir s’appuyer sur Unicancer a été très important. C’est une structure très agile, qui permet de faire avancer rapidement les initiatives quand il y a une dynamique collective. Dans une discipline comme la neuro-oncologie, où les patients sont peu nombreux et les essais difficiles à monter, cette capacité à travailler ensemble est capitale.