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20/04/2012

Les cellules souches adultes, espoirs de la thérapie cellulaire

Dans une « Perspective » de Science Translational Research, le Pr Daniel LOUVARD, directeur du Centre de Recherche de l'Institut Curie, et ses collègues commentent la publication dans Nature Medicine des travaux de Hans Clevers (Pays-Bas) et Mamoru Watanabe (Japon) sur la régénérescence de tissu intestinal à partir de cellules souches adultes.

Ils saluent cette belle avancée thérapeutique et cette nouvelle démonstration que l'utilisation de cellules souches adultes est aujourd'hui porteuse d’espoir...

 

Quel regard portez-vous sur les résultats publiés ?

Pr Daniel Louvard, Institut Curie

Pr Daniel Louvard : Ces travaux sont tout d'abord porteurs d'espoir en termes de thérapie cellulaire des maladies digestives. Pour la première fois, il apparaît possible de régénérer des tissus endommagés ou détruits de l'intestin.

Les cellules souches intestinales présentent une bonne capacité à maintenir leurs caractéristiques génétiques durant leur mise en culture et un très faible taux de mutation de leur génome.

Associée à leur remarquable potentiel de prolifération in vitro (chacune de ces cellules étant capable de se multiplier en un million d'exemplaires), cela offre des perspectives inédites pour de nouveaux traitements de certaines maladies génétiques ou inflammatoires, entraînant un risque accru de cancers du côlon et de l’intestin.

Plus généralement, l'emploi de ces cellules (par le marqueur Lgr5), présentes aussi dans d'autres organes tels le pancréas, l'estomac ou les poumons, ouvre aussi de nouveaux champs d'application pour le traitement d'autres maladies graves ou invalidantes, comme le diabète, par exemple.

 

Ces résultats pointent aussi le fort potentiel thérapeutique des cellules souches adultes...

Pr Daniel Louvard : Ils montrent, encore une fois que, au-delà du traitement des maladies du sang (grâce au cellules souches de la moelle osseuse) et plus récemment de la régénération de la rétine, de l'épiderme ou des muscles, l'emploi de cellules souches adultes est une voie porteuse d'avenir dans le domaine de la réparation cellulaire.

En effet, depuis plus d'une décennie, les espoirs se sont portés sur les cellules souches embryonnaires ou ES (pour Embryonic stem cells) du fait de leur pluripotence : leur capacité à pouvoir se multiplier indéfiniment et à se différencier en n'importe quel autre type de cellules. Mais leur exploitation chez l'homme pose des interrogations, non seulement pour des raisons éthiques, mais aussi car elles présentent un potentiel de carcinogenèse.

Une autre méthode, développée depuis quelques années, consiste à reprogrammer des cellules adultes différenciées pour les rendre pluripotentes (on parle d'IPS pour Induced pluripotent stem cells).

Cependant, cette manipulation implique l'introduction de plusieurs gènes dont le gène Myc impliqué dans l’oncogenèse, donc potentiellement capable d’initier une transformation maligne.

De fait, les cellules ES et IPS sont de magnifiques objets de recherche, mais posent des problèmes dans l’utilisation thérapeutique en raison de l’instabilité avérée de leur génome.

Les cellules souches adultes ou ASC (Adult stem cells) représentent une alternative d'avenir. Car même si ces cellules ont un moindre potentiel de renouvellement et de différenciation que les ES, leur utilisation thérapeutique induit un plus faible risque de cancer et ne pose a priori aucun problème éthique.

 

Plus généralement, comment la recherche sur les cellules souches fait-elle avancer celle sur le cancer ?

Pr Daniel Louvard  : Les cellules souches du côlon sont à l’origine de nombreux cancers colorectaux. La possibilité de cultiver, dans les conditions particulières décrites dans ces travaux, des cellules souches normales ou tumorales, nous permet désormais de les observer plus précisément comme des « mini-intestins en culture » mais aussi d’étudier le développement tumoral ou de tester l’efficacité de molécules utilisables pour traiter des cancers chez l’homme.

 

Références :
Stem cells : the power of one
Daniel Louvard, François Sigaux, Sylvie Robine
Science Translational Medicine, vol. 4 issue 130, 18 avril 2012

Une seule cellule souche pour reconstruire un intestin

L'équipe du Pr Hans Clevers, directeur de l’Institut Hubrecht (Pays-Bas) et celle de Mamoru Watanabe de l’université médicale et dentaire de Tokyo (Japon) ont réussi à régénérer l'intestin endommagé d'une souris en y implantant des cellules souches coliques adultes.

A partir d’une seule cellule souche du côlon isolée par le marqueur Lgr5 et mise en culture, les chercheurs ont reconstitué, en laboratoire, une structure en trois dimensions reproduisant l'architecture cellulaire du petit intestin et ses propriétés biologiques.

Ils ont ensuite implanté cet organoïde dans l'intestin endommagé. Cette structure pluricellulaire a colonisé les tissus, restaurant la muqueuse intestinale et lui restituant ses fonctions.

« Functional engraftment of colon epithelium expanded in vitro from a single adult Lgr5(+) stem cell. »
Yui S, Nakamura T, Sato T, Nemoto Y, Mizutani T, Zheng X, Ichinose S, Nagaishi T, Okamoto R, Tsuchiya K,
Clevers H, Watanabe M.
Nat Med. 11 mars 2012 ; 18(4):618-23. doi: 10.1038/nm.2695.

 
 

Le questionnement éthique est moteur de progrès

Il y a vingt ans, les cellules souches embryonnaires apparaissaient comme un instrument de progrès incomparable. Aujourd'hui, au regard de nombreuses publications, leur utilisation thérapeutique ne semble pa

s la seule approche possible.

La découverte de nombreux sites de cellules souches adultes, y compris dans le cerveau, leur vaste champ d'application et les données scientifiques avérées sur leur efficacité thérapeutique montrent qu'elles représentent même une vraie alternative.

Cependant le débat n'est pas clos sur l'utilisation des cellules ES, on peut arguer en effet que restreindre leur utilisation constitue un frein à l'avancée de la recherche.

La vraie question est de savoir si l'embryon humain, quel que soit son stade de développement, doit être considéré comme un matériau de recherche comme un autre.

Or, le questionnement éthique, même s'il apparaît aux yeux de certains comme un frein, stimule l'imagination des chercheurs et est moteur de progrès !

Pr Claude Huriet,
président de l’Institut Curie et co-auteur des lois de Bioéthique

 

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